Restaurant Pierre Gagnaire à Paris
Pierre Gagnaire
À l’aube de ses 70 ans, Pierre Gagnaire reste plus que jamais un chef vif et passionné. Multi-étoilé à travers le monde, il signe pas moins de 24 cartes mais reste très attaché à son restaurant de la rue Balzac. Son adresse parisienne, son vaisseau amiral, ce lieu qui l’a vu renaître en 1996, à peine avait-il quitté Saint-Étienne. Entretien avec un homme franc, qui nous parle de sa vie sans langue de bois.
Quel enfant étiez-vous, Pierre Gagnaire ?
J’étais un gamin enthousiaste, avec sans doute, comme tous les gens qui sont aujourd’hui chef, ou responsable en général, avec un certain ascendant sur les autres. J’étais quelqu’un d’assez fédérateur. Ayant grandi à Saint-Étienne j’aimais le foot, ça c’est normal ! Et j’ai sinon passé beaucoup de temps à la campagne.
Et votre famille ?
Je n’ai pas beaucoup connu mes grands-parents maternels, ils étaient tisserands. Du côté de mon père, ma grand-mère était veuve depuis très longtemps, je crois que mon père avait 5 ans quand son père est décédé. Ma grand-mère était une femme de forte personnalité, qui gérait à la fois avec une petite exploitation agricole, trois fois rien, trois vaches, trois poules, et puis une maison, qui était un café-restaurant le week-end, avec quelques chambres. Mon grand-père, que je n’ai pas connu, était maréchal- ferrant. Ils avaient donc une espèce d’activité polyvalente mais comme il y en avait beaucoup dans les villages à l’époque. Pour survivre, on touchait à beaucoup de choses. J’ai vécu dans cet univers et je pense que c’est peut-être ce qui fait la singularité de ma personnalité aujourd’hui. Je ne suis ni de la campagne ni de la ville. Je suis un peu bancal, comme l’étaient mes parents.
« Bancal » vous dites ?
Mes parents étaient des gens qui n’avaient pas trouvé leur place dans la société. C’étaient des gens très croyants, avec un problème dingue avec l’argent. Ils avaient une incapacité à assumer leur petite réussite sociale. Ils en avaient presque honte. Mon père rêvait d’avoir une Mercédès, il n’a jamais osé l’acheter. Mon enfance s’est donc passée entre le jardin du restaurant familial, un peu solitaire, avec une grand-mère très autoritaire. Ce n’était pas une enfance très joyeuse en fait.
Votre père était restaurateur, n’est-ce pas ?
